Les châtaigniers de Monthéty

C'était le samedi 24 novembre 2018

Les châtaigniers de Monthéty

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Les châtaigniers de Monthéty

 

 

 

Moi, le Châtaignier

De nom latin Castanea sativa, je suis membre de la famille des Fagacées, comme le Hêtre et le Chêne.
Castanea viendrait du grec kastanon, faisant référence à une ville du même nom en Thessalie, renommée dans l'Antiquité pour la qualité des châtaignes qu'on y récoltait. Sativa signifie cultivé.
Originaire d'Europe méridionale et orientale, je couvre globalement environ 1,5% de la forêt française.

Répandu par l'homme

Mes grandes feuilles dentelées se présentent souvent par paquets.
Essence de lumière ou demi-ombre, je peux me contenter de sols pauvres, acides ou sableux.
Cependant, je crains les grands froids et les sols calcaires. La Bretagne et le Massif Central correspondent à mes attentes et j'y suis très présent. Je m'associe au Pin sylvestre et au Chêne sessile, mais j'apprécie surtout de me retrouver avec mes semblables.
Je suis un bon moyen de protection contre les incendies.
Je prospère en moyenne montagne (800 m), parfois jusqu'à 1000 m d'altitude. C'est l'homme qui m'a étalé sur le territoire français à partir du littoral méditerranéen.
Je suis aussi fréquemment planté dans les parcs publics ou utilisé pour former des haies à recépage facile.

Une exceptionnelle longévité !

Un de mes records est ma longévité ! J'atteins les 500 à 1.000 ans et il existe même en Sicile, sur une pente de l'Etna, un châtaignier colossal de 62 mètres de circonférence, âgé d'environ 3.000 ans.
Mon tour de tronc voisine facilement avec les 10 m et je monte jusqu'à 35 m de haut : impressionnant, non ?
Quant à mes rameaux, ils poussent de manière tortueuse, participant ainsi à l'impression de puissance que je dégage.
Mon écorce brune est d'abord lisse, puis se crevasse en spirale, au fil des ans.
Comme la plupart des feuillus, je suis un Dicotylédone : à l'état embryon, dans la graine, je possède deux cotylédons, des lobes foliacés qui me servent de réserves.
Mes grandes feuilles (jusqu'à 20 cm) sont disposées de façon alternée sur mes branches, pétiolées, coriaces et bordées de grosses dents pointues.
De vert luisant, elles passent à l'automne par un beau jaune éphémère avant de virer au marron. Marcescentes, elles se dessèchent sur mes branches avant de tomber en hiver.

Vous connaissez bien mes bogues épineuses

Piquantes comme des oursins, mes bogues enveloppent une à deux châtaignes
Dès mes 20 ans, je fleuris.
Mes fleurs apparaissent en juin-juillet. Comme mes chatons mâles et femelles ne sont pas mûrs en même temps, il ne peut y avoir d'auto-fécondation. Ce sont le vent et les insectes qui s'en chargent en transportant le pollen.
En octobre, mes bogues épineuses abritent chacune trois châtaignes.
D'un diamètre de 6 cm, elles sont recouvertes d'épines et s'ouvrent en 4 parties. C'est entre 40 et 60 ans que j'en produis le plus !
Lorsque les châtaignes tombent au sol, vers octobre-novembre, elles sont disséminées par des animaux (rongeurs, geais) : ils les enterrent pour se faire un garde-manger pour l'hiver. Mais, oubliant parfois où ils ont caché leurs réserves, ils offrent une chance aux graines de germer, une fois le printemps arrivé.

De la farine à la charpente, en passant par les castagnettes

De croissance rapide, je repousse facilement après la coupe et produis des tiges régulières et faciles d'emploi.
Mon bois brun clair servait autrefois à la tonnellerie et en bois de mine. Actuellement, je suis utilisé, en menuiserie, petite charpente, piquets et également pour la couverture de bâtiments sous la forme de lauzes de châtaigniers.
Parfois atteint par le défaut de roulure (les cernes se décollent), je ne puis alors être utilisé pour des poutres de grande section. Pourtant mes poutres chassent les araignées !
J'ai fait l'objet de nombreuses autres utilisations : riche en tanins (5 à 8%), j'ai été très largement exploité pour cette raison, surtout dans la région lyonnaise au XIXe siècle ; les castagnettes sont faites de mon bois ; mes feuilles servent parfois à parfumer et emballer le fromage de chèvre ; autrefois utilisées comme farine, mes châtaignes sont désormais surtout appréciées en confiserie pour les « marrons » glacés.
Quant au miel tiré de mes fleurs, il est foncé et de goût prononcé.





La foire de Monthéty

Dans le bois de Monthéty ou Monthély, (à l'époque sur le territoire de la paroisse de Lésigny), Maurice de Sully, évêque de Paris, créa en 1167 l’abbaye de Monthéty. Son existence fut éphémère : quelques décennies plus tard elle avait disparu ; ses terres et biens, ainsi que la gestion spirituelle et temporelle de la chapelle dédiée à la Vierge Marie revinrent à l’abbaye d’Hyverneau, ou d'Hiverneau, toute proche.

La poursuite d’un culte dans cette chapelle de Monthéty fit se créer peu à peu un pèlerinage. Plus tard, en raison du grand nombre de fidèles attirés sur les lieux, à la requête des religieux d'Hivernaux, abbaye voisine, aujourd'hui détruite, une foire s’installe en 151211. Cette foire considérable de bestiaux, se tient le 19 septembre et dure deux jours. Elle durera jusqu’au xxe siècle, la foire aux bestiaux étant peu à peu complétée par une fête foraine et populaire. Objet d'un litige entre les communes de Lésigny et Ozoir-la-Ferrière, la gestion de la foire revint à cette dernière.

Au xxe siècle, la Monthéty était devenue une simple grande fête foraine mais fort réputée ; dans les années 1930, elle fut déplacée de l’autre côté de la RN 4 puis disparut une dizaine d'années après la Seconde Guerre mondiale.

« La Monthéty » subsiste dans la mémoire populaire, dans les écrits des historiens locaux. Le lieu, laissé à l'abandon, a été autrefois défiguré par une décharge, l'emplacement de l'ancien champ de foire est encore visible ainsi que l'ancienne route menant à Lésigny, bordée d'arbres centenaires.

Musique : Le châtaignier - Jean Ferrat - 2,62 Mo - 2 mn 47 :


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Le Châtaignier
Jean Ferrat


J'entends les vieux planchers qui craquent
J'entends du bruit dans la baraque
J'entends j'entends dans le grenier
Chanter chanter mon châtaignier

Bien à l'abri dans ma soupente
Moi j'entends chanter la charpente
Ce n'est pas du bois vermoulu
J'entends les poutres qui se plaignent
De ne plus donner de châtaignes
En supportant mon toit pointu

J'entends les vieux planchers qui craquent
J'entends du bruit dans la baraque
J'entends j'entends dans le grenier
Chanter chanter mon châtaignier

(non mon châtaignier
n'est pas mort
étant donné qu'il chante encore
la belle chanson d'autrefois)

Quand on devient poutre-maîtresse
C'est tout le toit qui vous oppresse
Il faut chanter tout doucement
La chanson de ses origines
Celle qu'il me chante en sourdine
En y mettant du sentiment

J'entends les vieux planchers qui craquent
J'entends du bruit dans la baraque
J'entends j'entends dans le grenier
Chanter chanter mon châtaignier

C'est surprenant mais c'est logique
Il chante la chanson magique
Qu'il a apprise au fond des bois
Il me chante une chanson tendre
Que je suis le seul à comprendre
Quand la nuit vient à petits pas

(Les autres gens de la maison
n'entendent jamais sa chanson
et chacun croit que je débloque
quand je leur dis que la bicoque
est protégée des araignées
par la vie de mon châtaignier)

J'entends les vieux planchers qui craquent
J'entends du bruit dans la baraque
J'entends j'entends dans le grenier
Chanter chanter mon châtaignier

C'est vrai pourtant qu'il nous protège
Contre le froid contre la neige
Tout en berçant mes insomnies
Ce n'est pas une chanson triste
Mon châtaignier est un artiste
Qui continue d'aimer la vie

J'entends les vieux planchers qui craquent
J'entends du bruit dans la baraque
J'entends j'entends dans le grenier
Chanter chanter mon châtaignier

 

Les châtaigniers de Monthéty

 

 

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